De la plume au pinceau...à la plume !

Bonjour,



J'illustre avec joie des livres pour les tous-petits et dans une de mes milles vies j'écris également pour les plus grands. 
Je travaille actuellement à l'écriture d'un roman dont j'envisage le bouclage au mois de juin. 
Voici un extrait :

" Le café amer me brûle la langue.
J’avale quand même. Stoïque.
Je le sens couler le long de ma gorge.
Il longe lentement mes poumons, les mord de ses dents fumantes.  Il finit par se nicher dans mon plexus solaire.
Là il reste quelques secondes comme un serpent dans un terrier. Il s’enroule au milieu de mes veines, envahit mon sang sans ménagement. Il crache un peu et cogne dans mes tempes.
Enfin, il finit par se laisser glisser et libère mon thorax enflammé de sa pression incandescente.
Je déteste le café. Vraiment. En général on ne me croit pas. Son parfum torréfié me rappelle quotidiennement mes 13 ans. Ce jour où j’ai goûté mon café pour la première fois.
 Ce n’est ni les clopes, ni les filles ou le premier rasoir bic, c’est le café qui m’a intronisé homme.
Depuis, j’honore quotidiennement cette rencontre avec mes 13 ans.
Je bois ce café que je trouve infect.
Je lis le journal. Les nouvelles sont mauvaises. Toujours. C’est mon rendez-vous quotidien avec la responsabilité collective. La culpabilité s’accroche à sa jambe en pleurant.
Chaque jour je me dis que j’arrête. Pas le café, le journal.
Page trois, mon regard est interpellé.
Le dernier spécimen du dauphin du Yangzi, une espèce d’eau douce, a disparu, victime de la pollution et des hommes.
J’ignore pourquoi, il y a un rouage invisible qui s’enraye dans ma gorge en lisant cela.
Le café probablement.
Le dauphin de Chine (Lipotes vexillifer) était un dauphin d'eau douce qui vivait jusqu'à fin 2006 dans le fleuve Chang Jiang en Chine. D'autres noms lui sont connus, dauphin du Chang Jiang, la déesse du Yangzi et en chinois baiji.
« La déesse du fleuve est morte. »
J’ai dit cela à voix haute, sans m’en rendre compte. Mon écho résonne dans la cuisine et me rappelle l’incongruité de parler quand on est seul.
J’ignore pourquoi mais cela me peine. Je n’ai jamais aimé le poisson.
Une photo illustre l’article qui entonne cyniquement la chanson du consommateur criminel et de la pollution qu’il émet.
J’apprends son existence le jour de son extinction. Je pose le journal sur la table. J’ai renversé du café. Je nettoie consciencieusement et pense que si j’avais des gosses, enfin…je veux dire si…ça m’aurait plu qu’ils jouent dans la rivière avec le dauphin.
Mais le Baiji est mort et je ne vis pas en Chine.
Je reprends le quotidien.
Baiji était un beau dauphin, peau claire, un long museau qui le faisait sourire même quand il n’avait pas envie.
Cette boule dans la gorge grossit. J’avale ma salive péniblement.
Suite de l’article : Selon une légende, le Baiji serait la réincarnation d’une princesse qui avait refusé le mari que voulait lui imposer son père. Elle fut noyée pour effacer la honte qu’elle avait attirée sur elle et sa famille.
Baiji était donc une femme farouche et fière. Armée de son seul sonar au fonctionnement perturbé par l’immense trafic fluvial, elle a voulu survivre au milieu d’un fleuve pollué où l’on pêchait par explosif.
J’essaie d’imaginer une princesse chinoise noyée se transformant en dauphin. Un dauphin d’un blanc gris avec des yeux de femme et des longs cils. Un dauphin qui donnerait des envies de se suicider dans le fleuve Chang Jiang. Puis je visualise une eau brune comme mon café, une eau souillée, une cage fluide qui se referme doucement sur Baiji. Il lui occulte son troisième œil qui fait office de sonar. Baiji se blesse à un rocher qu’elle n’a pas senti, qu’elle n’a pas pu voir tant l’eau du café est opaque. Je vois une embarcation aléatoire, une barque sans âge avec un vieux qui n’a plus d’âge. Le vieillard jette un morceau de tissu par-dessus bord : c’est le corps de la princesse qui explose dans l’eau et déchire les entrailles de Baiji.
Les entrailles sales de Baiji finissent dans le siphon de mon évier.
« Fini le café aujourd’hui. » "
© Eva Kopp

La suite, un jour en librairie ?

Beaudragon , chouchou des tous-petits !

Le web réserve de belles surprises. C'est grâce à internet que j'ai été mise en relation avec Régine Raymond Garcia, l'auteur de Beaudragon. C'est grâce à internet, que nous avons eu connaissance de la naissance d'Alpha Book Editions, la maison d'édition qui allait porter notre livre.
Et aujourd'hui, c'est grâce à internet, que je découvre, toujours avec émotion, que Beaudragon plait à ses petits et grands lecteurs.

L'amour des livres lui consacre une chronique élogieuse.
Merci !



http://lamourdeslivres.canalblog.com/archives/2012/02/11/23496511.html?t=1329160307908#c47991135